samedi 18 novembre 2017


200 personnes à la dictée du Téléthon à Gouesnou
Les adultes dans la grande salle du centre Henri-Queffélec
Thème de la dictée 2017 : l’exode des Gouesnousiens (août 44)
Quand, le 7 août 44,  les Alliés parviennent aux portes de Brest, une position stratégique qu’il faut à tout prix reprendre, Gouesnou et ses habitants sont en première ligne… le 9 août 1944, l’ordre d’évacuation est donné et les quartiers gouesnousiens se  vident, pour quelques jours voire quelques semaines, de leurs habitants.  Le siège de Brest commence. C’est cet épisode de l’histoire de la commune que l’auteur a choisi d’évoquer à partir d’un témoignage. Ce témoignage, c’est celui d’une Gouesnousienne, Anna,  qui, en 1944, avait 18 ans. Avec sa famille, elle est accueillie à Bourg-Blanc. Anna habite toujours ce quartier du Four Neuf où a été édifiée, voici quelques années, une stèle commémorative.
En 1994, une délégation américaine, de passage dans notre commune, fait une halte au Four Neuf. Cinq d’entre eux, - ils ont combattu sur ces terres  -  dérogeant au programme établi, emportés par la liesse qui règne ce jour-là dans les familles du quartier, se voient offrir le champagne dans la maison d’Anna.
On ne peut évidemment évoquer ces jours d’août 44, sans penser à l’événement tragique qui a précédé de quelques jours – c’était le 7 août 44 -   cet exode : il s’agit du massacre à Penguérec de 42 civils, fusillés par une armée allemande aux abois devant l’avancée des troupes alliées.  Dans la nuit du 12 au 13 août  l'église est incendiée,  le 18 août de nombreuses maisons de la rue de la Fontaine sont brûlées. Ce même jour, un 2e massacre est évité de justesse, au Lantel !
 
 

 

Le texte des adultes


Août 44 : l’exode.
En août 1944, Gouesnou connaît des heures sombres.  Le 7 août est perpétré, à Penguérec, l’un des  grands massacres de la Seconde Guerre mondiale : 42 civils fusillés par une armée allemande aux abois face à l’avancée des Alliés. Le 9 août, l’ordre d’évacuation est donné.
          À l’aube de ce 9 août 1944, la présence dans la cour de la ferme d’un uniforme vert-de-gris nous avait intrigués et inquiétés, mes parents, mes sœurs et moi. Nous devions quitter les lieux sur-le-champ ! La raison en était fort simple : le 8e corps d’armée américain se rapprochait de Brest, ville occupée par les Allemands, et la grande bataille pour le port du Ponant était imminente. Rester sur place eût été suicidaire…
Cette précipitation laissa peu de temps pour de quelconques préparatifs. Au dire du chef de famille, cet éloignement serait bref : deux ou trois jours au plus. Nous n’emportâmes donc que le strict nécessaire.
Réfugiés à Bourg-Blanc (Avec l'aimable autorisation de François Trébaol)


Quelques ballots de linge précipitamment jetés dans la charrette tirée par les doyennes de l’écurie, deux juments pie, et nous voilà en route, précédés de tous nos voisins qui, eux aussi, avaient fait fissa. En un laps de temps record, les hameaux gouesnousiens s’étaient vidés de leurs habitants et nous vivions, incroyablement, un exode insoupçonné que tant de populations, au fil des siècles, avaient pourtant connu mais que nous croyions être l’obscur apanage de  peuples lointains. L’homme oubliait-il donc, chaque fois, de tirer les leçons de l’histoire  (Histoire) ?
Notre groupe suivit d’abord un itinéraire familier, dessinant néanmoins dans cette campagne apparemment sereine – cette quiétude contrastait violemment avec le chaos dans lequel nous étions plongés et la peur qui nous taraudait – de curieux détours, et la sente devenait étroite et cahoteuse.
Après quelque deux ou trois mille mètres, chacun ayant dû décider de la direction à prendre, le convoi se démembra et notre famille mit cap au nord. À une patte-d’oie, trois véhicules blindés canadiens, bien camouflés, nous signalèrent les premières positions des Alliés. Passé cette ligne, nous éprouvâmes un sentiment de soulagement.
Accueillis au bourg voisin, nous expérimentâmes le confort agreste du lit de paille. Quant aux travaux des champs, chez notre hôte, en cette période de chaumage, ils nous rappelaient douloureusement que nous avions quitté nos propres terres sans que la moisson fût seulement commencée.
À la mi-septembre, nous fûmes autorisés à quitter notre exil et à regagner nos pénates tant désirés. Ce retour fut insupportable. Autour de la maison incendiée, les bâtiments agricoles offraient un spectacle de désolation : toits déchiquetés, murs éventrés. Dans ce décor d’apocalypse, unique manifestation de vie, un chat cavalait, à demi fou, hagard, sur les bastaings (bastings) [bastɛ̃] d’une charpente effondrée. Aucune bâtisse ne pouvait nous abriter. Nous avions tout perdu : maison, vêtements, cheptel… Mais nous étions vivants…
Texte rédigé par Henri Le Guen, à partir du témoignage d’Anna qui a vécu cet exode et qui est la narratrice de ce récit… Le texte a été relu et validé par Philippe Dessouliers, du club d’orthographe de Belfort.
Ouvrages de référence : Petit Larousse 2018 – Petit Robert 2018 – Dictionnaire des difficultés de la langue française (A.V. Thomas), Larousse et La Majuscule, c’est capital ! J.P. Colignon (Albin Michel)

Lexique


Août 44 : l’exode

Le lexique

vert-de-gris
Adjectif invariable. D'un vert grisâtre. L'uniforme vert-de-gris des soldats allemands.
sur-le-champ
Loc. adv. aussitôt, immédiatement, sans délai, sur l'heure. Mais « À tout bout de champ »
le 8e corps d’armée
Les majuscules sont rarissimes en ce qui concerne l’armée (et ses subdivisions). Ainsi, les noms désignant des unités sont des noms communs. On ne met en chiffres romains que les numéros des quatre éléments considérés comme les plus importants : les armées de terre (ex. Ire armée), les flottes navales, les flottes aériennes et les régions militaires (Xe région)
Les Allemands
Majuscule obligatoire. Les Français, les Bretons, les Gouesnousiens. Mais « la langue française »
Le port du Ponant
Majuscule indispensable quand les points cardinaux sont employés seuls et désignent une partie d’un pays ou du globe : les mers du Sud. Sinon, les points cardinaux sont des noms communs quand ils indiquent une direction : le vent souffle du nord
eût été suicidaire
Conditionnel passé 2e forme. Même conjugaison qu’au subjonctif. Rester aurait été suicidaire 
au dire de
Cette expression s’est figée au singulier : « selon l’avis de … »
deux juments pie
Adjectif de couleur invariable, par analogie avec le plumage noir et blanc de l'oiseau. Une jument pie, à robe noire et blanche, ou fauve et blanche. Troupeau de vaches pie. À ne pas confondre avec les œuvres pies (pieuses).
faire fissa
De l’arabe. Vite. Faire fissa, faire vite, se dépêcher.
Les hameaux gouesnousiens
Minuscule obligatoire. Il s’agit ici de l’adjectif.
nous croyions
Il s’agit de l’imparfait
L’apanage
Nom masculin. Ce qui est le propre de qqn ou de qqch.; bien exclusif, privilège. exclusivité,
l’histoire (Histoire)
La majuscule est ici tout indiquée dans le sens d’Histoire universelle.
le chaos
Mot d’origine religieuse et mythologique. Vide ou confusion existant avant la création ( tohu-bohu). Chaos originel, primitif. Par extension de sens, confusion, désordre grave…
cahoteuse
Il ne faut pas confondre chaotique (de chaos) et cahoteux (de cahot). Un cahot est un saut que fait une voiture en roulant sur un terrain inégal. heurt, secousse
la sente
Terme littéraire. Sentier.
quelque deux mille mètres
Quelque est ici adverbe, donc invariable. Environ deux mille mètres.
Participe passé de devoir. Les Rectifications de l’orthographe n’autorisent pas ici la suppression de l’accent circonflexe (confusion possible avec l’article du). Mais on écrira la somme due
cap au nord
Minuscule. Indication de la direction (voir plus haut)
une patte-d’oie
Carrefour d'où partent plusieurs routes. Le trait d’union s’impose.
Les Alliés
Majuscule obligatoire.
Passé cette ligne
« Passé » est considéré comme une préposition, et par conséquent reste invariable, quand il est employé sans auxiliaire et placé immédiatement avant l’adjectif, le nom ou le pronom…
le confort agreste
Vx ou littéraire. Champêtre, rustique. La vie agreste
cette période de chaumage
Le contexte ne permet pas l’usage de l’homonyme « chômage ».
sans que la moisson fût
La locution conjonctive « sans que » introduit une proposition conjonctive d’opposition. Elle est toujours suivie du subjonctif.
les pénates
Nom masculin. Dieux domestiques protecteurs de la cité ou du foyer, chez les anciens Romains. Les pénates, qui personnifiaient le foyer, étaient associés aux lares. ▫ Statuettes de ces dieux.
Par extension, demeure. domicile, foyer, habitation, maison. Regagner ses pénates.
à demi fou
À demi n’est relié par un trait d’union que devant un nom. Parler à demi-mot.
les bastaings (bastings)
Techn. Madrier de sapin.

Sources : Le Petit Robert, le dictionnaire des difficultés de la langue française (Larousse) et La majuscule, c’est capital, de Jean-Pierre Colignon (Albin Michel) …

Texte des scolaires


Ce texte relate un événement de la guerre de 39-45 vécu par Anna à Gouesnou 

L’exode
Le matin du 9 août 1944, nous avons vu entrer un homme en uniforme vert dans la cour de la ferme. Mes parents, mes sœurs et moi devions partir au plus vite. (Fin CM1) 
L’armée américaine libératrice, tant attendue, se rapprochait de la ville de Brest occupée par les Allemands.  (Fin CM2) Aussi, rester sur place devenait trop risqué ! En effet, la grande bataille pour obtenir le contrôle du port brestois paraissait proche et nous étions sur la ligne de front.  (Fin 6es) 
Nous avons eu peu de temps pour de quelconques préparatifs et nous n’avons emporté que le strict nécessaire. (Fin 5es)

Nous avons été accueillis au bourg voisin où nous dormions sur la paille d’une grange et où nous mangions à la cantine de l’école. Les travaux des champs occupaient  nos journées. (Fin 4es)   
À la mi-septembre, nous fûmes autorisés à regagner nos foyers abandonnés. Notre maison, notre ferme, tout était détruit. Mais nous étions vivants.  Fin 3es   

Ce texte est une adaptation de celui qui a été proposé aux adultes. Il s’inspire du témoignage d’Anna, Gouesnousienne qui a bien voulu raconter cet exode vécu en août  44 alors qu’elle avait 18 ans. Le texte qui en a été tiré est d’Henri Le Guen  et l’adaptation d’Annie Le Bourhis.
 
Voir le palmarès en pages ci-contre

jeudi 28 septembre 2017





« On ne vient pas à une dictée pour avoir tout juste, sinon on n’a rien appris »

Philippe Dessouliers

mercredi 31 mai 2017

La dictée de la semaine



Sur les pentes de l'Etna
 

Depuis la nuit des temps, l'Etna est la demeure des divinités cht(h)oniennes. Ce monde souterrain, atelier de Vulcain, est mystérieux et dangereux; il n'en est pas moins attirant. L’été dernier, de passage à Catane, ville située au pied du volcan, nous avons décidé d'aller tutoyer la gueule du dragon. Et c'est ainsi que nous nous sommes retrouvés sur les flancs de l'immense cône. 

À la base du volcan, la population est dense car les sols de pouzzolane sont très fertiles mais, petit à petit, les habitations se raréfient. Ici, quelques maisons aux murs en moellons décrépits et aux marches mal équarries semblent braver la nature; là, deux vieillards étiques font pousser dahlias, forsythias et quelques citronniers. Au fur et à mesure de notre montée, la végétation se fait rare, tout devient minéral et chaotique. De la lave à perte de vue ! Point de pillow-lavas caractéristiques des coulées basaltiques dans la mer, mais un désordre quasi indescriptible de blocs épars - rappelant les aa hawaiiens (hawaïens) - de fissures et de caldeiras (calderas). 

Arrivés au refuge de Sapienza nous découvrons deux cratères, récemment formés au dire de l'aubergiste, et dont les versants aux couleurs mordorées résultent des dernières éruptions de roches ignées. Et c'est bien de sagesse et d'humilité qu'est empreint ce lieu, quoique peu romantique. Le soir, un marsala suivi d'un plat de penne(s) al dente et d'un malvoisie – « le nectar des dieux » des Anciens – égayera (égaiera) l'ambiance. 

Le lendemain, habillés de pied en cap, nous reprenons notre ascension. Le paysage devient lunaire avec des tons anthracite. Le sol est meuble et constitué de scories et de cendres. Des névés noircis par le passage des quatre-quatre subsistent. Quelques blocs erratiques sont visibles alentour. Les nuages gravitent aussi autour du sommet et c'est un paysage désolé et cotonneux qui s'offre à nos yeux. Nous arrivons à la fin du parcours autorisé, au-delà l’aide d'un guide est requise. C'est alors que mon épouse me susurre : « Les portes de l'enfer sont bien gardées ». Mais il fait de plus en plus froid; une soudaine averse de pluie et de grêle nous cingle le visage et la sagesse nous dicte de rentrer ventre à terre à notre refuge. 

Nous n'aurons pas vu d'évents sulfureux, pas de magma en fusion ni connu de nuées ardentes et c'est sans doute mieux ainsi d'avoir échappé à l'ire des dieux.  
 
                                                                                    Rémi Le Bras  (Les Fêlés de l'orthographe)


Vocabulaire de la dictée « Sur les pentes de l'Etna »

        l'Etna situé en Sicile est le plus grand volcan d'Europe et l'un des plus actifs et des plus dangereux de la planète. Superficie: 1300 km², périmètre: 250 km, hauteur: 3350 m environ.
 
        cht(h)oniennes : (adj.) en parlant des divinités : de la terre, du monde souterrain.
 
        Vulcain : dieu du Feu et de la Métallurgie chez les Romains. (l’Héphaïstos des Grecs)
 
        La pouzzolane : roche volcanique à structure alvéolaire.
 
        Les moellons [mwalƷ] : pierres non taillées ou grossièrement taillées.
 
        décrépits: dégradés par le temps.
 
        Équarries : se rapprochant d'un parallélépipède.
 
        Étiques : décharnés, très maigres.
 
        Le dahlia : du nom d'un botaniste suédois Dahl et forsythias: du nom d'un arboriculteur anglais, Forsyth
 
        les pillows-lavas : (n.f.) résultat de coulées de lave en fusion en ellipse dans la mer.
 
        quasi: (adv.) si suivi d'un adj.: pas de trait d'union; si suivi d'un nom avec trait d'union.
 
        Les aa : (n.m. inv.) coulée de lave à Hawaii présentant une surface constituée de blocs chaotiques.
 
        La caldeira (caldera) : (n.f.) effondrement de la partie centrale des volcans.
 
        au dire de : (n.m.) dans ce cas inv.: d'après l'affirmation de, ou d'après les dires de.
 
        Mordorées : d'un brun chaud avec des reflets dorés.
 
        ignées: (adj.) produit par l'action de la chaleur.
 
        Le marsala : vin doux produit en Sicile.
 
        Les penne(s) : (n.f. pl. pour PL et n.f. variable pour PR) pâtes alimentaires. Des penne(s) [pene]
 
        al dente : (loc. adv. inv.) cuit de manière à rester ferme sous la dent.
 
        Le (ou la) malvoisie : vin doux et liquoreux. N.B. Masculin pour PL, masculin ou féminin      pour PR
 
        de pied en cap : des pieds à la tête.
 
        anthracite : (adj. inv.) gris foncé.
 
        Un névé : plaque de neige persistant en été.
 
        erratiques : (adj.) rocher n'appartenant pas au site géologique sur lequel il repose.
 
        évents sulfureux : petites bouches par lesquelles s'échappent gaz, cendres et laves volcaniques.
 
        nuées ardentes : nuages de gaz à très hautes températures.

                                                                                                               Rémi Le Bras