mercredi 31 mai 2017

La dictée de la semaine


 

     Les Fêlés de l'orthographe    12 01 2018 

   En hommage à Anne-Marie Thépaut, ancienne adhérente .
 

     Balade à l'île de Sein. 

    J'avais décidé d'emprunter, un dimanche matin de juillet, la vedette qui, une fois par semaine pendant l'été, fait la traversée depuis le port de commerce de Brest jusqu'à l'île de Sein.

     Dans la demi-heure qui précède le départ, arrivent les passagers. Ce sont pour la plupart des estivants – on les reconnaît facilement à leur accoutrement bigarré, à leur attitude un peu fébrile, l'appareil photo ou le caméscope en bandoulière. Au signal donné par un des matelots, ils se pressent sur l'embarcadère pour monter à bord, les manœuvriers larguent les amarres et vogue la galère.

      Et l'on s'installe, qui sur le gaillard d'arrière, espérant ne rien perdre du paysage ou anxieux d'un éventuel mal de mer, qui dans les salons, pensant peut-être continuer, dans des fauteuils confortables, leurs rêves interrompus par un réveille-matin intempestif.

      Nous naviguons d'abord en rade-abri, passons la jetée et nous voilà en grande rade, laissant à bâbord l'île Longue abritant les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins ; puis nous entrons dans le goulet resserré entre la pointe des Espagnols et le phare de Sainte-Anne-du-Portzic. Il fait beau, brise légère, mer d'huile, mais les contours sont un peu perdus dans la brume, ce qui est sans doute de bon augure pour la suite des événements.

      En effet, quand nous arrivons aux atterrages del'île, la brume s'est dissipée et nous apercevons le phare de la Vieille et les dangereux écueils du raz de Sein, frangés d'écume. De facétieux dauphins évoluent dans les eaux glauques du port. Nous accostons le môle et nous égaillons tous sur le plancher des vaches.

      Je parcours les ruelles étroites séparant les maisons agglutinées et me dirige vers une langue de terre à l'herbe rase, où je découvre, envahi  par des bouillées jaune(-)orangé de séneçon et quelques centrophylles bleues, un ancien four à goémon, vestige d'une époque où l'on extrayait la soude des fucus et phéophycées récoltés sur l'estran après les marées de syzygie.

        Tout à l'opposé du village, ce sont la silhouette élancée du phare et la chapelle Saint-Corentin côtoyant un petit alignement de menhirs. Près de l'isthme qui semble couper l'île en deux est érigé un monument en forme de croix de Lorraine, dédié aux Sénans libres, en mémoire du ralliement des îliens au général de Gaulle, dès l'appel du 18-Juin, lors de la Seconde Guerre Mondiale.

       On dit que l'île est battue par les vents et les embruns, mais je garde de mon excursion un souvenir agréable et ensoleillé. 

    Anne-Marie Thépaut, Dico de bronze en 1999 et 2002. Texte proposé  le 17 mars 2007 lors du 3e championnat du Finistère à Bourg-Blanc