vendredi 15 septembre 2017


 La rentrée des Fêlés de l'orthographe

Les Fêlés de l'orthographe ont effectué leur rentrée ce vendredi 15 septembre dans la salle de la médiathèque mise à leur disposition par la commune de Bourg-Blanc. Moment très attendu après de longues vacances et moment d'accueil des nouveaux adhérents. Au menu de cette 1re heure, une réflexion sur les anglicismes, puis une recherche des mots issus du breton, tels bijou, balai, cohue, morfal, kabig ... (Voir en "Pages")
La traditionnelle dictée, courte et riche de vocabulaire a conclu cet après-midi studieux.
 
Les Fêlés de l'orthographe lors de la séance de rentrée
 

lundi 5 juin 2017

Saison 2017/2018


Séance de rentrée ce vendredi 15 septembre à 14 heures, salle de la médiathèque de Bourg-Blanc (près de la mairie)

Les Fêlés de l'orthographe vous accueillent en outre tous les vendredis (voir le calendrier en pages ci-contre) pour deux ou trois séances d'observation (salle de la médiathèque à Bourg-Blanc).

mercredi 31 mai 2017

La dictée de la semaine


Lettre à mon facteur                       

Cher facteur, ce n’est pas sans émotion que je me souviens de votre dernière visite à la maison. C’était  quelques  jours avant Noël, quand vous étiez venu, un soir, nous proposer la collection de vos calendriers, tout décorés de paysages ensoleillés, de bouquets multicolores, de petits chats espiègles et de vieillards barbus.
Je n’avais pu m’empêcher de me remémorer ces colporteurs de l’après-guerre, que l’hiver nous livrait tout saupoudrés de neige fondant sur leur simple pèlerine, à la chaleur du poêle familial, ou qui battaient de leurs souliers ferrés les ruelles somnolentes de villages provençaux aux campaniles entrelacés d’azur.
Où est-il, celui qu’un jour de fête avait transfiguré, et dont la noire sacoche, enivrée d’Amérique, telle une boîte de Pandore, distribuait ses maux aux villageois marris ? Et toi, le père de Paulette, du temps des bicyclettes, où nous allions parmi les fleurs, au pied de côtes impossibles, quêter l’amour de nos quinze ans ? Où est-il le facteur de Grignan, estafette rompue de la prolixe marquise ? Et eût-il fallu que l’on se gaussât de celui de Marcel Aymé, qu’une pressante envie retardait dans sa course ?
Mais à présent, cher facteur, vos visites se raréfient, et si vous sonnez toujours deux fois, ce n’est que par intermittence. Ma boite aux lettres, encombrée de criardes notices, ne serait-elle plus qu’une boite à malice ? Et vous, qu’un facteur de discorde, voire, un facteur rhésus ? Rassurez-vous, cette mise en facteurs n’est qu’une mise en boîte ! Gentille, car pour moi, il est bien loin, le messager de la chanson de Moustaki, qui m’apportait, chaque matin, le mot d’amour que j’attendais. Et que j’attends encore, peut-être… 

Michel COUROT


Commentaires de Michel Courot

Tout décorés : tout est adverbe et invariable : ne pas confondre avec «  tous » décorés, qui eût été également possible : mais la prononciation permet de faire la différence.
De me remémorer ces colporteurs : le verbe « se remémorer » est transitif : on se remémore quelque chose, de même qu’on se rappelle quelque chose, mais on se souvient de quelque chose. La confusion est fréquente entre ces diverses constructions.
Saupoudrés : ce sont les colporteurs qui sont saupoudrés (et non l’hiver), d’où l’accord au pluriel.
Pèlerine : comme « pèlerin » et « pèlerinage », s’écrit avec un accent grave.
Aux campaniles entrelacés : le campanile porte les cloches ; il s’agit parfois d’une tour isolée, ou du moins séparée de l’église, comme celui de Giotto à Florence, mais bien souvent, comme en Provence, d’une charpente ouvragée en fer forgé surmontant la tour du « clocher », et qui peut revêtir des formes très sophistiquées ; « campanile » est masculin.
Un jour de fête : référence au film jour de fête de Jacques Tati, où François, le facteur du village, est subjugué à la vue d’un documentaire sur la « poste en Amérique ».
Une boîte de Pandore : allusion au vase offert par Zeus à Pandore, et où étaient enfermés tous les maux de l’humanité ; le facteur, rendu joyeux par la perspective de la fête qui se prépare, distribue avec la même euphorie les bonnes et les mauvaises nouvelles.
Marris : fâchés, attristés, contrariés ; ne pas confondre avec « maris » !
Paulette : la fille du facteur dans la chanson d’Yves Montand  « la bicyclette » devant qui ses copains « ont souvent vécu l’enfer - pour ne pas mettre pied à terre »
Grignan : village de la Drôme provençale dominé par le château, bâti sur un piton rocheux, de la comtesse de Grignan, fille de madame de Sévigné, qui lui écrivait beaucoup. La marquise de Sévigné, décédée à Grignan, a son tombeau dans l’église dudit village. À visiter.
Estafette rompue : fatiguée par les incessantes ascensions de la rampe qui mène au château.
Marcel Aymé : écrivain originaire de l’Yonne, auteur de nombreux romans où la fantaisie et l’humour le disputent à la poésie et au fantastique ; allusion au facteur Déodat, un des personnages de la Jument Verte, qui s’arrêtait toujours au pied de la même côte pour satisfaire un besoin naturel, inspirateur de réflexions philosophiques du genre (je cite de mémoire) « quand j’aurai monté la côte, ça sera toujours ça de fait » ! Et il riait, parce que c’était vrai.
Si vous sonnez toujours deux fois : référence au roman noir de James M. Cain, Le Facteur sonne toujours deux fois, qui a fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques.
Ma boîte aux lettres : on peut écrire aussi maintenant, « boite à lettres » ; ne pas oublier l’accent circonflexe sur le « i » de « boîte ».

Criardes notices : les innombrables prospectus violemment colorés dont la société de consommation inonde nos boîtes aux lettres.
Facteur rhésus : celui-ci a plus à voir avec les singes (et surtout la biologie) qu’avec la poste.
Mise en facteurs : expression mathématique, qui elle aussi n’a qu’un lointain rapport avec  la distribution du courrier (sauf que l’on trie et que l’on regroupe).
La chanson de Moustaki : Le Facteur, avec Hadjidakis… et la voix de Françoise Walch.